lunes, 2 de febrero de 2015

La huitième vie de Saint-Germain (France)

La station de métro de la place Saint-Germain, à Rennes, va donner une nouvelle vie à ce quartier des quais de Vilaine. Elle en avait vécu sept autres auparavant, comme l'ont révélé les fouilles archéologiques qui s'achèvent.
Le site a été creusé jusqu'à la roche, à 5,5 m de profondeur. Les fouilles ont mis au jour des vestiges remontant au plus lointain Moyen-Âge. De vrais trésors, assure l'archéologue Laurent Beucher, de la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), pilote de l'opération. « Nous avons découvert des pièces de métal en parfait état, mais aussi des objets en bois et en cuir remarquablement conservés par la tourbe dans laquelle ils étaient enfouis ». Les recherches sur le site, associées à un travail documentaire, ont permis de reconstituer, avec une exceptionnelle précision, la longue histoire de ce petit quartier. - Jusqu'à l'an 500 : rien. C'était à l'origine une zone marécageuse bordant la ville antique, traversée par un ruisseau qui se jetait près d'un méandre de la Vilaine disparu sous les alluvions voici peut-être 2.000 ans.

Une nécropole au VIIe siècle

- VIe siècle : la nécropole. Les morts ont été les premiers à occuper ce lieu inhospitalier, dès le VIe siècle après Jésus-Christ. Au fil des siècles, des milliers de Rennais y ont été inhumés. C'est sur cette nécropole que la première église Saint-Germain, attestée dès le XIIe siècle mais vraisemblablement très antérieure, a été construite. - XIe-XIIe : le passage. Une passerelle, prolongée par un pont sur la Vilaine, a été construite pour franchir le marécage. Les poteaux de soutènement du tablier ont été retrouvés intacts. Les pièces de monnaie et les pointes de flèches exhumées laissent penser que cette passerelle correspond à une première présence militaire et à un péage d'entrée. - XIIe-XIVe : les artisans. Il s'agissait principalement de tanneurs, dont on a retrouvé les substructions des ateliers bordant le ruisseau mais aussi un puits en bois, des outils métalliques et les objets qu'ils fabriquaient : des semelles de poulaines et des chaussures de cuir par milliers.

Le temps des soldats

- XVe-XVIIe : les remparts. Une palissade de bois est élevée le long de la rive du fleuve vers 1420, remplacée à partir de 1440 par des murailles de pierre percées d'une porte flanquée de tours. Les tanneurs sont expropriés, c'est le temps des soldats. Des pièces de monnaie, des pointes de flèche, des mors, des étriers, ou encore des bouterolles (éléments de fourreaux de dagues) en laiton luisant, sans la moindre trace de corrosion, ont été extraits de la tourbe. - XVIIe-1944 : La paix s'est installée, les remparts sont démantelés, la ville médiévale s'étend avec ses maisons, ses échoppes, ses boutiques, et un hôtel particulier. En 1848, la cours de la Vilaine est rectifié et le vieux pont qui l'enjambe est détruit. - 1944-2014 : les bombardements de 1944 rasent une partie du quartier, la reconstruction intervient au début des années 50. Des immeubles entourent le marché, la Vilaine retrouve une passerelle, puis la place est fermée pour cause de fouilles.

Le Télégramme:
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