miércoles, 3 de septiembre de 2014

Elles réalisent une fresque romaine comme à Pompéi (France)

Deux restauratrices sont en train de réaliser au musée Saint-Raymond des fresques utilisant les techniques de l'antiquité romaine. Elles seront présentées dans le cadre de la prochaine exposition «L'Empire de la couleur, de Pompéi au sud des Gaules».
Au fond des réserves du musée Saint-Raymond, derrière d'épaisses bâches plastique, Aude Aussilloux et Maud Mulliez enduisent deux pans de mur d'un mélange de sable et de chaux.
Elles jouent de la taloche, et bientôt du pinceau, dans le cadre de la préparation de la prochaine exposition temporaire «L'Empire de la couleur, de Pompéi au sud des Gaules» qui aura lieu du 15 novembre prochain au 22 mars 2015, au musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse.
«Nous expérimentons la technique de la fresque romane. Cette technique s'est perdue. Nous avons lu de nombreux textes dont celui de l'architecte romain Vitruve, «De architectura», consulté les rares recherches qui ont été menées, observé des fragments de fouilles…», explique Aude Aussilloux, conservatrice et restauratrice de peintures murales.
Si elles ne travaillent pas en toge ni en sandales, mais sous l'œil d'une caméra (1), elles souhaitent créer cette fresque comme les artisans le faisaient dans l'Antiquité dans la domus romaine.
«On a choisi des motifs décoratifs mais pas trop compliqués de la seconde moitié du Ier siècle avec J.-C. Ils ont été validés par une spécialiste. On ne souhaitait pas faire d'anachronisme», confie Maud Mulliez, chercheur en archéologie et restauratrice en peintures. Elles utilisent des pigments naturels : de la terre ocre rouge ou jaune, du carbone pour le noir. Le rouge cinabre et le bleu égyptien sont devenus difficiles à trouver et très chers. «Même à l'époque, il fallait être riche pour s'en offrir. Souvent, ils falsifiaient ces couleurs en utilisant des pigments qui s'en approchaient», assure Maud Mulliez. Leurs nombreux essais ont déjà mis en évidence une difficulté : les pinceaux modernes.
«Ils posent problème car la fresque a une surface extrêmement lisse. On ne peut pas peindre avec n'importe quel pinceau. Ils sont trop gros pour réaliser les détails», explique Maud Mulliez. Elles ont dû défaire les poils en soie de porc, les détailler avant de les recoller sur des baguettes de bois. Les arcs de cercle restent encore mystérieux pour les deux femmes : doivent-elles utiliser un compas et tracer un trait ou poser directement un pinceau dessus ? Elles se le demandent encore.
Dans «De Architectura», l'architecte Vitruve détaille par le menu les étapes à suivre pour réaliser une fresque romane. Travaillant sur une structure en nid d'abeille déjà lisse, Aude Aussilloux et Maud Mulliez y ont collé des petits cailloux et du sable. Ensuite, elles doivent enduire cette surface d'un mélange de sable et de chaux. Puis, elles devront appliquer quatre couches d'un mélange de poudre de marbre. La dernière sera teintée avec un pigment. «Sans cela, on a constaté que la peinture à base de pigment ne tient pas», expliquent les jeunes femmes. Tout devra être terminé durant le mois de septembre afin de permettre aux murs de sécher avant l'exposition. Enfin… Dans l'Antiquité, les artisans avaient du temps. Leurs fresques pouvaient mettre plus d'une année avant d'être «sèches à cœur».

Une exposition unique en France

La prochaine exposition temporaire du musée Saint-Raymond, musée des Antiques de Toulouse, sera «L'Empire de la couleur, de Pompéi au sud des Gaules». Elle se déroulera du 15 novembre prochain au 22 mars 2015. 79 œuvres, parmi lesquelles des fragments de murs peints à Pompeï et dans le golfe de Naples et classées au patrimoine mondial de l'Unesco, seront exposées. Elles côtoieront des fresques découvertes dans le sud de la France, de Cannes à Bordeaux. «Ces fresques antiques sont comme nos tapisseries… Les Romains décoraient les murs en fonction des modes mais aussi de leurs revenus», explique Pascal Capus, commissaire de l'exposition.
Les thèmes des fresques murales sont récurrents : mythologie, natures mortes, peinture plus populaire comme les gladiateurs ou des artisans en plein travail. Le tout réalisé grâce à de la chaux, des pigments et de l'huile de coude. La mode circule très vite à Rome et se retrouve rapidement en Gaulle. «Des ateliers italiens ont formé des spécialistes des fresques en Gaulle. Les styles finissent par devenir indépendant», poursuit-il. confrontation inédite en France entre les modes décoratives de Campanie et des anciennes provinces romaines de Narbonnaise et d'Aquitaine. Outre la confrontation des modes du golfe de Naples et du sud de la France, Pascal Capus espère qu'en sortant du musée, les visiteurs de l'exposition auront pu découvrir les arts décoratifs de l'Antiquité mais surtout qu'ils auront saisi la difficulté de la technique de la fresque.

La Depeche.fr:
http://www.ladepeche.fr/article/2014/09/02/1943621-elles-realisent-une-fresque-romaine-comme-a-pompei.html

No hay comentarios: