lunes, 28 de julio de 2014

Arles : nouvelle découverte archéologique majeure (France)

Ce n'est pas trop de saison, pourtant le Père Noël est passé sur le site de la Verrerie, à Trinquetaille. Après la découverte sur place, dans les années 80, des mosaïques de L'Aîon et de la Méduse, devenues pièces maîtresses du musée départemental Arles antique, ce sont des enduits peints datant du Ier siècle avant Jésus-Christ, identifiés comme étant du 2e style pompéien, qui avaient été repérés l'an dernier par les archéologues, au cours d'une fouille d'urgence en lien avec un chantier d'insertion. Flairant le gros coup, les spécialistes avaient obtenu l'aval pour une fouille programmée, et la présence de Julien Boislève, un des seuls toichographologues du pays (comprenez spécialiste des enduits peints) pour la durée du chantier.
Et la mise au jour de ces enduits, après un déblaiement minutieux, a confirmé toutes les promesses. "Ils présentent un état de conservation exceptionnel", explique Marie-Pierre Rothé, archéologue au Musée bleu, et responsable des fouilles. Sur le mur dégagé, vraisemblablement dans ce qui fut une chambre, les peintures sont en place sur une hauteur de plus d'un mètre. "On a une quinzaine de sites en Gaule, mais très peu ont livré un ensemble conséquent, indique Julien Boislève. Là, c'est le site le plus complet pour le 2e style pompéien en France !"

Sans doute, de nouvelles découvertes très prochainement

Et ce n'est sans doute pas fini, puisque la pièce attenante contiendrait elle aussi des enduits peints dans le même état de conservation, sur deux pans de murs. De cela, on en sera certain l'an prochain, avec la prochaine session de fouilles, mais les archéologues font preuve d'optimisme et d'enthousiasme. "Le potentiel est énorme, savoure Alain Genot, archéologue au Musée bleu et coresponsable des fouilles. Ce qu'on a dégagé, c'est déjà l'ensemble le mieux conservé de Gaule. Alors, quand on pense aux deux parois qui restent..."
"Ce qu'on a trouvé, cela va au-delà de nos attentes, poursuit Julien Boislève. Des chantiers comme ça, je n'en aurais pas beaucoup. Ça peut même être le chantier d'une vie. On a aussi 400 caisses de fragments qui ont été conditionnées, c'est considérable !"
À titre de comparaison, seules 350 caisses ont été remplies lors des fouilles préventives menées sur le chantier du parking Jean-Jaurès, à Nîmes, alors qu'il s'étendait sur plusieurs hectares. Là, on parle de 400 caisses pour une dizaine de mètres carrés simplement, contenant des fragments effondrés qui pourraient permettre de reconstituer l'ensemble du décor de la pièce, voire même de celle du dessus, puisque l'on était dans une maison à étage. D'où le sourire des spécialistes, au travail depuis quelques mois sur ce terrain communal, où, durant une trentaine d'années avant la Révolution, on a construit des bouteilles de verre (d'où le nom Verrerie, Ndlr). "Il y a une grande variété de décors, une grande richesse, on a des pigments coûteux comme le rouge cinabre, détaille le toichographologue Julien Boislève. Et dans le fragmentaire, on a des éléments de figuration que l'on avait jamais vus en Gaule auparavant. On a trouvé un élément de masque de théâtre, des éléments de grands personnages. C'est vraiment quelque chose d'unique en France, la première fois que l'on trouve de la figuration sur du 2e style pompéien !"
Avec cette nouvelle découverte, le musée départemental Arles antique récupère un nouveau trésor inestimable. Mais d'ici à ce que ces oeuvres soient exposées, le temps risque d'être long. Normal, après tout, Rome ne s'est pas faite en un jour...
Prélèvement, études, restauration et... exposition ?
Impossible de laisser les enduits peints in situ. Déjà parce qu'ils sont à un niveau inondable ; et puis, l'exposition dans un environnement extérieur entraînerait de gros dégâts. Par exemple, le pigment de rouge cinabre vire rapidement au noir en cas d'exposition au soleil. Les enduits ont donc été prélevés par l'atelier de conservation et de restauration du musée départemental Arles antique. Une procédure délicate, puisqu'il s'agissait de passer une fine lame métallique entre le mur et le mortier pour désolidariser les plaques de peinture. Les pièces seront stockées en réserve, pour être étudiées par les archéologues. Le toichographologue Julien Boislève prévoit presque deux ans de travail, notamment pour essayer de réunir les fragments effondrés retrouvés lors du chantier et ainsi compléter les décors. "C'est un énorme puzzle", témoigne Marie-Pierre Rothé, responsable des fouilles.
Ensuite, il faudra restaurer tout ça. "Le labo est de toute façon plein jusqu'en 2015", tempère Alain Charron, conservateur en chef du patrimoine au Musée départemental Arles antique. Donc, si l'atelier ne peut pas intervenir avant 2016, il ne faut pas s'attendre à la moindre exposition avant 2018, au mieux. "Mais on peut se dire que ce serait quelque chose d'exceptionnel de remonter une pièce romaine telle qu'elle était, on est très tenté de le faire, souffle Alain Charron. Je pense avoir déjà trouvé la place." Et rassurez-vous, il n'y aura pas besoin d'une nouvelle extension pour le Musée bleu.

La Provence:
http://www.laprovence.com/article/actualites/2978183/arles-nouvelle-decouverte-archeologique-majeure.html

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