viernes, 27 de junio de 2014

Exposition à Bibracte-Mont Beuvray (France)

En rassemblant plus de 700 bijoux et fragments issus des collections de musées et dépôts archéologiques de l’est, du centre et du sud de la France, de Sicile et de Suisse, l’exposition retrace l’itinéraire fascinant de ces objets, leur Odyssée…
Au fil de l’exposition, les parures esquissent le portrait anonyme de femmes exceptionnelles, mais aussi de travailleurs du métal passés maîtres en matière d’exploitation minière, de recyclage et de production, et de navigateurs en quête de nouveaux horizons. Elles dessinent un réseau complexe d’échanges terrestres et maritimes, dans lequel circulaient des hommes, du métal, des bijoux mais aussi des rituels d’hospitalité, des pratiques religieuses et des conceptions du monde… Elles racontent enfin l’ancienneté des premiers contacts entre Grecs et communautés celtes, avant même la fondation de Massalia (Marseille) par les Grecs de Phocée.
Exposition à Bibracte-Mont Beuvray : "Une Odyssée gauloise. Parures de femmes à l'origine des premiers échanges entre la Grèce et la Gaule"

Une odyssée gauloise…

À la fin du VIIe siècle avant notre ère, les femmes des communautés qui peuplent la Gaule bénéficient d’un statut particulier, perceptible pour l’archéologue à travers l’incroyable richesse des parures découvertes dans des sépultures ou de simples fosses. Il y a encore quinze ans, il aurait été difficile d’imaginer que, quelques décennies avant la fondation de Marseille (vers 600 avant notre ère), et un peu plus d’un siècle avant la célèbre tombe de Vix (vers 500), ces peuples de Gaule centrale et orientale étaient reliés aux cités grecques de Sicile méridionale par l’intermédiaire des communautés du Languedoc.
La découverte de modestes fragments de bijoux en bronze typiques des parures féminines gauloises dans des centres grecs comme Géla, Syracuse, ou même Corinthe, révèle l’existence précoce de ces liens, dès la seconde moitié du VIIe siècle avant notre ère. L’itinéraire reconstitué en suivant la trace de ces fragments dessine les contours d’un réseau complexe d’échanges terrestres et maritimes, dans lequel circulaient des hommes, du métal, des parures féminines mais aussi des rituels d’hospitalité, des pratiques religieuses et des conceptions du monde…
Ce réseau, c’est à des navigateurs grecs qu’on le doit, de véritables pionniers qui, cherchant le cuivre et l’étain, repoussaient les limites du monde connu, limites qui coïncidaient, dans leur esprit, avec celles de la course du soleil d’été : ils atteignirent ainsi les côtes du Languedoc à l’ouest, et le Caucase à l’est. Débarquant sur les côtes gauloises, découvrant des femmes couvertes de parures de bronze, les explorateurs grecs croyaient peut-être contempler des descendantes du Soleil, de mythiques Hyperboréennes ou encore des héritières de Circé, magicienne et fille d’Hélios. Les bijoux de bronze de ces femmes exceptionnelles, même fragmentaires, ils les rapportaient en Sicile, où des femmes grecques les intégraient dans leurs pratiques rituelles et religieuses. C’est le fabuleux voyage de ces fragments de bijoux féminins que l’exposition se propose de retracer.

Les étapes de l’odyssée

Chapitre 1. Les femmes du premier âge du Fer en Gaule centrale et orientale
Dans les sociétés de Gaule centrale et orientale, à partir du milieu du VIIe siècle, les femmes occupent une place éminente et inédite, qui s’affiche dans leur apparence : leur vêtement se couvre de pendentifs et d’ornements de ceinture, de bracelets et d’anneaux de cheville, tous majoritairement faits en bronze, un alliage de cuivre et d’étain. Ces bijoux composent une palette de formes et de décors aussi variée que les modes et les goûts propres à chaque communauté. Ils constituent ainsi d’excellents marqueurs, tant sociaux qu’ethniques. Les monuments funéraires collectifs et les dépôts votifs de la fin du VIIe et du début du VIe siècle avant notre ère livrent des témoignages tangibles de ces femmes remarquables.
Exposition à Bibracte-Mont Beuvray : "Une Odyssée gauloise. Parures de femmes à l'origine des premiers échanges entre la Grèce et la Gaule"

Chapitre 2. De la mine à l’offrande du métal
À la même époque, l’usage du fer se généralise pour la fabrication des armes, des outils et de certains ornements. Pourtant, le bronze reste le matériau le plus prisé pour confectionner les parures. Cette production stimule une économie fondée sur l’exploitation des gisements naturels, la pratique du recyclage et l’excellence des artisans. En Languedoc, aux abords des filons de la Montagne noire, de grandes quantités de métal sont mises en terre. Il est difficile de dire si ces dépôts dits « launaciens », ces kilos de fragments de lingots, de tôles, de haches et de parures de production locale ou du centre et de l’est de la France, constituaient des réserves destinées à la refonte et au commerce, ou plutôt la part de métal extraite du circuit pour des raisons religieuses. Ils suggèrent tout de même que les communautés méridionales jouaient un rôle décisif dans la circulation du précieux alliage.

Chapitre 3. De la rencontre des Gaulois et des Grecs, sur les côtes du Languedoc
Les découvertes archéologiques sur les côtes du Languedoc dépeignent des communautés locales dominées par des élites prospères grâce à la maîtrise des filons de la Montagne noire et des cycles du métal. Contrôlant voies fluviales et bord de mer, elles sont au contact des autres peuples de Gaule mais aussi des marchands et navigateurs venus des cités grecques…

Les traces de ces premiers contacts sont rares : elles prennent la forme d’objets grecs ou de productions inspirées de modèles chypriotes ou phéniciens, conservés dans les tombes et les dépôts découverts à Agde, Mailhac ou dans les terres de l’Aude et de l’Hérault.

Chapitre 4. Le voyage du Languedoc à la Sicile
Les navigateurs grecs débarquent sur le littoral languedocien au terme d’un périple maritime, motivé par un esprit pionnier et la recherche de nouvelles sources d’approvisionnement en produits rares, cuivre, étain, ambre… De la Gaule, les Grecs de Sicile rapportaient avant tout le cuivre et les autres métaux nécessaires à l’essor des cités. Les découvertes archéologiques reconstituent leur itinéraire : on retrouve les mêmes types de parures gauloises dans les dépôts du Languedoc, dans la cargaison d’une épave au large d’Agde et dans les dépôts mis au jour dans les maisons et les sanctuaires des cités grecques de Sicile, dont la plus ancienne d’entre elles, Sélinonte.

Chapitre 5. Destin de parure gauloise en terre sicilienne
Au-delà de Sélinonte, les objets gaulois se retrouvent dans toute la Sicile méridionale. Leur trace se mêle dans les mêmes contextes archéologiques à celle de parures des Balkans et de vases du Caucase. Les fragments de parures gauloises sont particulièrement nombreux dans les thesmophoria d’Agrigente et de Géla, sanctuaires voués à Déméter et à sa fille Koré, déesses associées à l’agriculture et au cycle des saisons. Ces sanctuaires accueillaient lors de fêtes annuelles les femmes grecques des colonies de Sicile qui y intégraient dans leurs pratiques rituelles des fragments de bijoux venant du bout du monde…

Chapitre 6. Des reliques des limites de la course du soleil
Pour les Grecs, les côtes du Languedoc marquaient l’extrémité nordouest du monde connu, là où le soleil se couche en été ; au nord-est, les pays du levant d’été étaient identifiés au Caucase par les Grecs d’Orient, aux Balkans par ceux d’Occident. Dans les mythes grecs, ces horizons lointains étaient associés aux séjours du Soleil et de sa descendance féminine : la magicienne Circé, fille du soleil personnifié, Hélios, résidait aux confins du nord-ouest ; sa nièce, Médée, au nord-est ; les Héliades aux larmes d’ambre, au Nord.
Dans ce contexte, les bijoux de femmes rapportés par les navigateurs prenaient sans doute une dimension particulière, celle de reliques des régions fantastiques bordant le monde. À Megara Hyblaea (Sicile), des pendeloques de type franc-comtois et des pendentifs provenant des Balkans sont réunis en un étrange collier…

Exposition à Bibracte-Mont Beuvray : "Une Odyssée gauloise. Parures de femmes à l'origine des premiers échanges entre la Grèce et la Gaule"
Le dépôt de Roque-Courbe était disposé dans une situle en bronze et organisé par catégories d’objets.
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Epilogue

La fondation de Massalia (Marseille) vers 600 et son développement dans la première moitié du VIe siècle avant notre ère, puis l’intrusion des Étrusques et des Carthaginois dans le système des échanges et l’ouverture de la voie des Alpes bouleversent les équilibres. En Sicile, les pratiques religieuses évoluent également : les offrandes de bronze laissent place, à Géla comme ailleurs, au dépôt de statuettes féminines en terre ou en pierre.
En Gaule, dans les nécropoles, les parures de femmes se font plus discrètes, tandis que les panoplies militaires des hommes reviennent au centre des complexes funéraires. Vers 500, les funérailles de la dame de Vix (Côte-d’Or), allongée sur un char, couverte d’atours flamboyants, accompagnée du célèbre cratère et de vases grecs, rendent hommage à l’une des dernières représentantes des lignées de femmes d’exception du siècle précédent…

Archeologia.be: http://www.archeologia.be/bibracte.html

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