jueves, 26 de junio de 2014

350 tombes mérovingiennes découvertes à Evrecy (France)

Découverte exceptionnelle à Evrecy.

“Ce cimetière n’était pas répertorié, c’est une belle surprise notamment au vu des objets exceptionnels retrouvés”. Archéologue de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) responsable du chantier, Aminte Thomann a le sourire. “C’est une découverte exceptionnelle qui permettra de mieux comprendre les Ve et VIe siècles”.
C’est lors d’un diagnostic réalisé à l’automne dernier sur ce terrain de 2,5 hectares destiné à accueillir plusieurs dizaines de logements que les archéologues ont mis à jour ces vestiges. “On se doutait qu’on trouverait quelque chose à Evrecy”, révèle Cyril Marcigny, responsable scientifique à l’Inrap. “Mais découvrir une nécropole complète, ce n’est pas classique”.
Depuis le 24 mars, une équipe d’une quinzaine de personnes s’échine à creuser pour découvrir les trésors cachés sous terre, jusqu’à 1,50 mètre. Les fouilles réalisées par l’Inrap se poursuivront jusqu’au 11 juillet.

Une nécropole de 350 sépultures païennes.

“C’est un site exceptionnel où les ossements et le mobilier sont super bien conservés”, se réjouit Stéphanie Clément-Sauleau, pinceau à la main. Il faut d’ailleurs entre un et deux jours pour mettre à nu chaque sépulture.
La découverte de cette nécropole mérovingienne de 350 tombes sur un espace de 3.500 m2 est un atout essentiel pour la compréhension de cette période de transition entre la fin de l’Antiquitié (milieu du Ve siècle ap. J-C.) et le Haut Moyen-Age (VIIe siècle).
“C’est une période où nous sommes très peu documentés”, précise Vincent Carpentier, archéologue et historien de l’Inrap spécialiste du Moyen-Age. “Ce site est très rare. Mis à part celui de Saint-Martin-de-Fontenay découvert dans les années 1980, il y a très peu d’équivalent dans la région”.
Pendant très longtemps, les archéologues ont “pensé que les populations avaient fui en ces périodes d’insécurité et de désorganisation, mais ces nécropoles prouvent le contraire”.
Non loin du site existe un cimetière chrétien daté du VIIe au IXe siècles, fouillé au XIXe siècle. “Les deux sites se complètent”, reprend Vincent Carpentier. “Le cimetière chrétien est le prolongement de la nécropole récemment découverte. Elle nous permet de supposer que la christianisation de la plaine de Caen a eu lieu vers le VIIe siècle”.

Qui a été enterré dans cette nécropole ?

Si une bombe des Alliés en 1944 est tombée au milieu de la nécropole et a fait quelques dégâts, l’essentiel des 350 sépultures reste en bon état. Pour l’instant, ce sont 180 sépultures qui ont été fouillées par les équipes de l’Inrap de Basse-Normandie.
Ces fouilles archéologiques vont permettre de mettre en avant l’évolution des pratiques funéraires à cette époque. Les défunts étaient vraisemblablement inhumés dans des coffrages en bois, aujourd’hui disparus. Qui est enterré dans cette nécropole mérovingienne ? “Nous avons trouvé autant de sépultures d’hommes que de femmes et d’enfants”, souligne Aminte Thomann. “On peut en déduire qu’il s’agit d’un cimetière de village, probablement d’une petite communauté de 20 à 30 personnes au vu du nombre de sépultures sur près de trois siècles”.
Les analyses post-fouilles devraient permettre de dater plus précisément leur origine, et savoir s’ils ont eu des maladies ou des traumatismes.

Quels sont les objets retrouvés ?

“La grande surprise, c’est la qualité du mobilier retrouvé”, lance Aminte Thomann. Sur la totalité de la nécropole, environ un tiers des tombes en possède. Ces objets permettent de connaître les phénomènes de mode et de dater également. “La céramique permet de dater à 10 ou 20 ans près”.
De la poterie intacte (cruches, assiettes pour offrandes alimentaires), des pièces de verrerie (verres à boire, fioles à parfum), des objets guerriers (pointes de lance, haches, poignards) et des bijoux (épingles, perles, plats en bronze) ont été découverts.
“Certains objets sont des pièces de luxe, ce qui nous renvoie une image assez prospère de certains”, évoque Vincent Carpentier. Les archéologues restent d’ailleurs vigilants, par crainte de pillage. “Cela fait partie du patrimoine de la commune, il faut que ce soit protégé et présenté au public”, martèle le maire d’Evrecy, Henri Girard. Dans le futur, les objets funéraires devraient agrandir les collections des musées du Calvados.
En attendant, les élèves de l’école primaire d’Evrecy devraient visiter le site et être initiés au processus de fouilles archéologiques. Basé à Bourguébus, l’Inrap aura ensuite deux ans pour rendre le rapport complet des fouilles après les analyses.
Grégory MAUCORPS

Liberté.fr: http://www.libertebonhomme.fr/2014/06/25/350-tombes-merovingiennes-decouvertes-a-evrecy/

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