lunes, 21 de abril de 2014

L’ère nouvelle de l’archéologie (France)

Lidar. Sous ce nom barbare se cache une nouvelle technologie. Celle d’un laser aéroporté qui séduit et révolutionne le monde de l’archéologie ( lire encadré ). Cette technique, Autun s’en est emparée via un partenariat scientifique dont Béatrice Cauuet de l’ANR et Vincent Guichard de Bibracte sont à l’origine. Un projet à 90 000 € financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR), la Ville d’Autun, la Drac et la région Bourgogne, et piloté par la Maison des sciences de l’Homme à l’Université de Bourgogne.
La présentation des résultats de cette méthode était à l’ordre du jour, vendredi à l’Eduen, lors de la 6e édition de la journée d’actualité archéologique. « La zone d’acquisition couvre 71 km². Elle est centrée sur Autun », détaille Laure Saligny de la Maison des sciences de l’Homme. Elle s’étend des contreforts en direction du plateau d’Antully jusqu’au secteur de Bellevue. Tout comme de Saint-Pantaléon jusqu’à En Fleury. « À partir de ces données, on va pouvoir cartographier tous les vestiges visibles et détecter les micro-reliefs qui sont autant d’indicateurs de vestiges archéologiques », explique-t-elle.
« Des gisements très rares »
Trois thématiques ont fait l’objet de cette acquisition réalisée par la société Sintegra. D’une part l’exploration et la connaissance de la ville antique. D’autre part l’étude de la plaine alluviale de l’Arroux ainsi que celle des massifs forestiers sur les pentes, principalement au Sud et à l’Est d’Autun, en lien avec l’ANR sur l’exploitation des mines. Un travail de longue haleine. Pour preuve, le survol de la ville a été effectué il y a tout juste un an alors que les données ont été restituées en février dernier. Cette restitution est une véritable aubaine pour Béatrice Cauuet, spécialiste des mines et de l’exploitation des minerais à l’époque protohistorique et antique. Laquelle a mis en évidence depuis une dizaine d’années la présence de mines d’étain dans la forêt autunoise : « C’est très rare d’avoir des gisements de cette nature car il y en a peu dans le monde. C’est formidable de trouver cela à Autun. »
« Un outil formidable »
Seul hic : l’équipe n’arrivait plus à avancer dans la masse des chantiers masqués par la forêt. D’où l’intérêt de la cartographie détaillée du Lidar. « Le lidar est un outil absolument formidable pour se repérer dans l’espace, pour cartographier. Grâce à cette technique, on peut à présent sortir des pré-plans et les contrôler sur le terrain. » Pour l’heure, la technique a déjà mis en évidence des anciens chenaux, canaux, bassins, buttes résiduelles, chantiers ravins, chantiers cirques et deux sites remarquables parmi lesquels un enclos fermé sur le haut de la plateforme du Mont-Sébastien.
La technique dite du Lidar ( Light Detection and Ranging ) permet de reconstituer le relief du sol à quelques centimètres près. Le principe est simple : un avion survole le terrain, équipé d’un laser pointé vers le sol et d’un récepteur qui enregistre des trains d’impulsions lumineuses sur le sol. L’onde pénètre le couvert forestier jusqu’à heurter le sol. Un traitement informatique permet ensuite de reconstituer le relief du terrain sous la végétation. Au final, reste une image en 3D du sol nu qui permet de repérer des structures enfouies sous le sol grâce à la petite élévation qu’elles impriment à la surface.
L’inscription antique trouvée dans le quartier Marchaux au XIXe siècle était à l’ordre du jour de la journée d’actualité archéologique. Un véritable puzzle de 1 200 fragments qui daterait du Ier siècle après J.-C.. Redécouverte par Michel Kasprzyk, de l’Inrap, dans les réserves du Musée Rolin, un long travail d’inventaire s’engage depuis 2011. Cette fin de semaine, Michel Kasprzyk, Antony Hostein de l’Université de Paris I et Marin Mauger de Paris IV Sorbonne se sont retrouvés au centre archéologique d’Autun pour bosser sur le sujet. Un travail de titan. Hauteur, largeur, taille… chaque détail de fragment est consigné dans une base de données. En revanche, pour percer le mystère de ce gigantesque puzzle, le trio s’appuie aussi sur une méthode de numérisation mise au point par l’équipe universitaire du Creusot. « Les fragments ont ainsi été exposés au laser d’un scanner 3D sous l’œil d’une caméra afin d’en modéliser les contours », détaille Antony Hostein. Grâce à ces pièces numérisées, les chercheurs vont pouvoir s’atteler à reconstituer le puzzle virtuellement.
En juillet-août, dans le cadre des recherches archéologiques sur le complexe de La Genetoye, trois nouveaux chantiers opéreront sur le terrain. Lors de cette deuxième campagne, une ouverture plus large sera donnée au niveau du Temple de Janus dont l’état de conservation exceptionnelle a démontré qu’il avait été utilisé, à l’époque médiévale, comme tour fortifiée.
Au niveau du théâtre antique, tout restait à découvrir l’an dernier. Seuls des clichés aériens montraient son existence. La fouille a permis de restituer son allure et l’histoire de sa construction. Les vestiges d’une taverne ont même été découverts à ces abords. Le même sondage sera rouvert – en se dirigeant un peu plus en direction de la scène – de façon à pouvoir atteindre des couches plus profondes et compléter les données.
Quant au troisième chantier, il aura pour mission de s’attaquer au quartier artisanal à proximité du théâtre antique.

Le Journal de Saone-et-Loire: http://www.lejsl.com/edition-d-autun/2014/04/21/l-ere-nouvelle-de-l-archeologie#jimage=DD015E39-3B7B-4528-BFC5-AD57C4287256

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