lunes, 17 de marzo de 2014

Dordogne : Jean Clottes, globe-trotter des grottes

A 80 ans, Jean Clottes est toujours prêt à partir pour une destination lointaine s'il y a des parois ornées à découvrir et à analyser. « Mais je dis toujours oui pour venir en Dordogne », expliquait-il jeudi soir, de passage au Pôle international de la préhistoire (PIP) des Eyzies, avant de repartir pour un cycle de travail à la grotte Chauvet. Il raconte avoir visité dès 1960 Lascaux, Font-de-Gaume, les Combarelles et Rouffignac. « C'est le pays de la préhistoire. »
Les rumeurs sur d'hypothétiques découvertes autour de Lascaux le font sourire. « Il y a toujours eu beaucoup de fantasmes autour des grottes, c'est profondément ancré en nous. » Jean Clottes était surtout là pour parler des étonnants abris peints du centre de l'Inde avec une conférence au titre en disant déjà long : « Des images pour les dieux ».
Au cours de ses voyages dans la région du Madhya Pradeh, autour de Bhopal, il a sillonné les sites classés par l'Unesco dont certains sont au fond d'une jungle pleine de singes mordeurs et de tigres à éviter. C'était le petit côté Connaissance du monde de sa conférence avant de passer au contenu archéologique.

Cérémonies chamaniques

Les peintures et gravures qu'il a pu observer avec sa collègue indienne Dubey-Pathak n'ont pas de datations précises. Mais les plus anciennes peuvent remonter à 12 000 ans et les plus récentes à quelques années. Elles représentent des animaux, des personnages en train de chasser ou de danser, souvent montés sur des chevaux qu'on ne trouve pourtant pas dans ce secteur. Ce qui l'a très vite intéressé est la présence d'un culte autour de ces images. « J'avais remarqué des fragments de noix de coco et de bâtonnets d'encens. Ça donne un autre intérêt à cet art. »
En creusant le sujet et en se faisant accepter par les tribus locales, il a découvert des cérémonies chamaniques. « Quand j'ai évoqué ce sujet pour la préhistoire, ça a fait beaucoup de polémique. Si on ne peut assurer ces explications dans nos grottes préhistoriques ornées, ça nous donne des pistes de réflexion. On peut interpréter des structures de pensée, même si on n'a pas les histoires précises. »

L'expérience d'Altamira

Cette trouvaille d'un chamanisme toujours vivant lié à des peintures rupestres a ravi le préhistorien, qui défend depuis longtemps cette piste d'explication pour les œuvres du paléolithique. En Inde, comme en Afrique d'ailleurs, elles ne sont jamais dans les grottes mais à l'extérieur.
Il a repéré d'autres coïncidences étonnantes avec la préhistoire. « Le chamane vient faire des ponctuations sur des peintures existantes. L'image est chargée d'un pouvoir surnaturel. Elle n'est pas là pour faire joli. » Tout ceci l'a conforté dans son analyse du pouvoir des images et de la perméabilité des mondes des vivants et des esprits, liée aux croyances chamaniques. Une pensée claire que l'on peut retrouver dans les nombreux livres de Jean Clottes.
En marge de la conférence, nous lui avons aussi demandé son avis sur l'expérience lancée à la grotte d'Altamira en Espagne : des visiteurs qui viennent pour le fac-similé sont tirés au sort et amenés dans la grotte originale après avoir revêtu combinaisons et masques de protection comme les chercheurs. « Ils se font de la publicité là-dessus. Avec seulement cinq personnes par semaine, ça va créer beaucoup de frustration. » Mais il ne voit pas pour l'instant reproduire un tel système à Lascaux, qui se remet doucement de ses maladies. Dommage.

Sud Ouest: http://www.sudouest.fr/2014/03/16/jean-clottes-globe-trotter-des-grottes-1492831-1509.php

No hay comentarios: