miércoles, 30 de enero de 2013

Argentomagus (Francia)

File:Le théâtre romain Saint-Marcel (Indre).JPG
 
C´est à la vallée de la Creuse que l´on doit la présence constante de l´homme.
La rivière assure la liaison entre les formations cristallines du Massif Central, au sud, et les terrains sédimentaires du Bassin Parisien, au nord.
Axe majeur d'orientation sud-nord, la vallée permet de contourner les hautes terres ingrates du Limousin. Assagie en amont d'Argenton, lorsqu'elle quitte des gorges encaissées, la Creuse s'étale ensuite dans les terrains argileux avant de franchir un goulet enserré entre deux coteaux calcaires.
Plus loin, en aval, elle s'élargit à nouveau avant d'être grossie par les eaux de la Bouzanne. Voie de passage, charnière entre plusieurs régions naturelles complémentaires, la Brenne et la Champagne d'une part, la Boischaut d'autre part, la vallée offrait sa rivière poissonneuse - les saumons y pullulaient jusqu'à l'édification du barrage d'Eguzon en 1927 - et son microclimat particulièrement perceptible sur les versants ensoleillés du midi.
L´oppidum
Le site occupait un plateau de forme grossièrement carrée à angles arrondis, couvrant une superficie de 27 hectares.
Deuxième par la taille au sein des oppida du Berry, ce site, naturellement défendu au sud par de hautes falaises dominant la Creuse, à l'est par les pentes abruptes descendant au ruisseau de La Mage et à l'ouest par une vallée sèche fut protégé artificiellement par un puissant rempart doublé d'un fossé extérieur.
Au nord-ouest, les vestiges de l'unique entrée demeurent parfaitement lisibles. Cette porte, dite "à ailes rentrantes" formait une longue et large saignée oblique qui contraignait l'assaillant éventuel à longer le flanquement sur près de 80 mètres, le flanc droit à découvert. A l'intérieur de l'oppidum les témoignages de l'époque gauloise sont peu nombreux.
Des structures remontent à la seconde moitié du Ier s. av. J.C. et des accessoires, incontestablement gaulois, ont été recueillis : pouçoirs de passoires en bronze, fibules de Nauheim, des fibules filiformes en fer, des bracelets en schiste, des perles de verre et d'ambre et enfin un crochet de ceinturon en bronze tout à fait typique de la Tène finale.
Les Thermes
Il en va tout autrement des thermes et de leur fréquentation. On peut y aller tous les jours pratiquer des exercices physiques et prendre soin de son corps. C'est un plaisir auquel chacun se livre, quand il le souhaite.
Les thermes sont avant tout un des lieux les plus prisés de la sociabilité antique : c'est là que l'on vient discuter et se détendre entre amis. C'est là aussi que l'on vient se cultiver, écouter de la musique, assister à des lectures publiques.
A Argentomagus, un seul bâtiment thermal a été mis au jour. Son sol était fait de dalles calcaires épaisses de 3 cm et ses murs enduits de mortier de tuileau portaient encore une plinthe de marbre de 16 cm de hauteur. A proximité, ont été retrouvés deux blocs sculptés et un chapiteau appartenant à un pilastre qui devait encadrer une baie, peut-être celle qui donnait sur la piscine.
L'étude du décor du pilastre a permis de le rapprocher de celui du mur de scène du théâtre et de proposer la deuxième moitié du IIe s. pour sa réalisation.
Le pont romain
Tous les chercheurs s´accordent à recconnaître l´importance de la navigation fluviale en Gaule romaine.
Long de quelque 110 mètres, large de 5, il comportait probablement 5 piles espacées d'environ 11 mètres. Larges respectivement de 7,37 et 7,30 m les deux piles reconnues, longues de 11 mètres, étaient dotées vers l'amont d'un éperon brise-lames se développant sur une longueur de 6 mètres. La face aval, quant à elle, était plane et perpendiculaire au courant.
A une cinquantaine de mètres en aval ont été identifiés les aménagements d'un gué. Son pavage, fait de dalles calcaires sommairement juxtaposées, était probablement muni d'un tablier noyé comme l'indique la présence de poutres de bois.
Le Theatre
Au Ier s., c'est le ballet tragique de la pantomime et le rire du mime qui règnent sur les scènes romaines, ravissant le public et honorant les dieux. Car c'est toujours à l'occasion d'une fête religieuse que l'on se rassemble au théâtre et que le spectacle est donné. Ce patronage divin se manifeste à l'intérieur de l'édifice par la présence d'autels ou de statues et souvent à l'extérieur, par la construction d'un temple d'où le dieu contemple les jeux qui se déroulent sous ses yeux.
En construisant un théâtre maçonné, Argentomagus affirmait sa primauté à l'intérieur du réseau des agglomérations secondaires bituriges. Le premier théâtre correspond au moment où les notables gallo-romains passaient commande d'édifices en pierre à des architectes qui tentaient d'adapter les plans romains au budget des petites villes et aux besoins du public. La première version du monument ne présentait qu'un seul mur maçonné. A l'intérieur, des gradins en bois s'alignaient sur la pente naturelle du coteau.
Trop petit, on construisit un second mur d'enceinte, ce qui permit de gagner en haut cinq gradins. C'est à la fin du Ier s. que la ville équipa son théâtre de gradins en pierre.
Un nouveau théâtre
Dans les années 150, les notables d'Argentomagus furent confrontés à un grave problème. Leur théâtre était en mauvais état. Le théâtre trop petit ne pouvait accueillir toute la population de la ville. Les notables prirent la décision de démolir le théâtre et d'en reconstruire un autre, plus grand.
S'ouvre alors l'un des plus grands chantiers que la ville ait connu : il faut d'abord démonter le premier théâtre, récupérer tous les blocs (seuils, gradins, marches) qui serviront dans le nouveau bâtiment et araser les murs. Il faut ensuite recreuser la partie inférieure de la pente et exhausser sur des remblais de terre la partie supérieure, afin d'augmenter le nombre des gradins et d'améliorer les conditions de visibilité.
Il faut enfin élever les murs, construire les voûtes des passages rayonnants, mettre en place les gradins de la cavea et planter la scène et son décor.
Argentomagus possède désormais un théâtre de 85 m de diamètre, rythmé par des allées rayonnantes et concentriques qui répartissent rapidement le public.
Les notables disposent d'un gradin d'honneur qui s'appuie au mur de l'orchestra. De part et d'autre de la scène, leur sont réservées de grandes entrées, accessibles également aux spectateurs des premiers rangs de la cavea, et le prêtre ou l'éditeur qui préside aux ludi scaenici est installé sur une estrade à travers la cavea, le plan du nouvel édifice permet de respecter la hiérarchie entre les différentes catégories sociales et de souligner l'importance du groupe des notables.
Ainsi, le nouveau théâtre d'Argentomagus a beaucoup servi au long du IIe s., un peu moins pendant le IIIe s. où la Gaule, comme les autres régions de l'empire, connut de graves difficultés économiques.
L'amphithéâtre
Construit enfin totalement en pierre, le théâtre d'Argentomagus figurait désormais en bonne position sur la carte des édifices de spectacle de la cité des Bituriges Cubes.
Le nouveau monument fut implanté dans le tissu urbain, à l'articulation entre le noyau ancien de l'oppidum et la zone d'extension de l'agglomération gallo-romaine. L'édifice n'a jamais fait l'objet de fouilles; seuls deux de ses murs élevés dans un appareil à moellons quadrangulaires caractéristique du IIe s., ont été mis au jour. Un relevé des courbes de niveau donne au grand axe une longueur de 80 à 100 m et suggère que l'édifice présentait une orientation nord-est/sud-ouest.

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