martes, 24 de julio de 2012

Alésia revivez l´histoire en grand! (France)


Avant la bataille

Une agglomération d’oppidum

Naturellement défendu par les falaises qui l'entoure et pourvu de nombreuses sources, le Mont-Auxois a été propice à l'occupation humaine dès la fin de la Préhistoire. La colline est par ailleurs située sur un axe commercial stratégique qui relie la Manche à la Méditérannée.
Au sommet du Mont-Auxois, se trouvait un oppidum (place forte située sur un lieu élevé) de 97 hectares - l'un des plus vastes de Gaule -, occupé de manière permanente au moins depuis 80 avant J.-C. Il était le chef-lieu de la cité des Mandubiens, un petit peuple client de la grande cité voisine des Éduens (capitale : Bibracte). Les découvertes archéologiques relatives à cette période, encore modestes, sont incontestables.

Remparts, habitats, sanctuaires, artisanat

Les aménagements défensifs, caractéristiques des oppidums, étaient limités et discontinus sur le Mont-Auxois car les falaises protégaient l’essentiel du plateau. Seules les brèches ouvertes par l'érosion dans la corniche calcaire ont été obstruées en élevant des murs en pierres sèches et la pointe ouest a été renforcée. En revanche, des systèmes d'entrée fortifiés ont été aménagés selon la technique du murus gallicus à l'est et au sud-ouest du plateau.
Les habitats gaulois étaient construits en matériaux légers : poteaux porteurs et charpente en bois, murs en pisé sur clayonnage, couverture en chaume, sol en terre battue. Leurs vestiges sont donc rares et ténus car ces matériaux laissent peu de traces. L'ensemble du réseau urbain était structuré par des axes de circulation.
Il est certain qu'un habitat groupé était implanté au centre de l'oppidum, autour d’un temple principal. À proximité, vers le nord, un enclos palissadé est l'indice d'un autre espace important, probablement un sanctuaire. Cet espace est toujours occupé à l'époque gallo-romaine et dédié au dieu indigène Ucuetis. Un autre sanctuaire existait vraisemblablement à l'extrémité orientale du plateau, mais à l'intérieur du système défensif. Il était lié à une source et dédié à un autre dieu gaulois, Moritasgus. Coté artisanat, notons que la métallurgie du bronze et du fer semble avoir tenu une place prépondérante dans l'économie de l'oppidum.

Le quartier d’En Curiot

La découverte la plus spectaculaire de ces dernières années (1994) à Alésia concerne le murus gallicus du lieu-dit En Curiot, près de l'accès actuel à la statue de Vercingétorix. Les fouilles ont permis de retrouver une section non négligeable de ce rempart qui défendait une dépression. Cette construction associée à la configuration du terrain permettent de supposer la présence de la porte occidentale de l'oppidum dans ce secteur.
A l’arrière du rempart, cinq maisons étaient disposées en éventail autour d'un petit espace vide. Cet habitat a pu être daté d'avant le siège de 52 avant J.-C. grâce aux foyers ainsi qu'à un mobilier homogène très abondant : céramique gauloise et campanienne, amphores vinaires italiques, fibules... Les fragments d'armes en fer (pointe de flèche, éléments de fourreaux d'épées et de boucliers) trouvés dans le même secteur donnent également à penser que ce quartier de l'oppidum a été densément occupé durant le siège.

Qu’est-ce qu’un murus gallicus ?

Dans ses Commentaires, César décrit avec précision le mode de construction des remparts du type “mur gaulois” (De Bello Gallico, VII, 23). Le noyau est composé d'une levée de terre que retient une trame régulière de poutres disposées perpendiculairement les unes aux autres et assujetties par de longues fiches en fer forgé. La face extérieure reçoit un parement en pierres sèches qui laisse apparaître de place en place la tête des poutres disposées perpendiculairement à l'axe de la fortification.

La ville gallo-romaine

Le développement du réseau urbain

Durant les quatre décennies qui précèdent notre ère, l’agglomération connaît une nette expansion : de nouveaux quartiers voient le jour et l’habitat se densifie. L’architecture privée évolue lentement. Elle conserve cependant un faciès indigène très marqué par l’utilisation majoritaire de matériaux périssables (bois, torchis).
Au centre de l’agglomération, le sanctuaire principal subit d’importantes transformations. Le temple est reconstruit en pierre. Face à son entrée principale, un bâtiment rectangulaire ouvert reçoit un étonnant décor sculpté composé de têtes négroïdes massacrées et de guerriers gaulois.
Les deux accès fortifiés aux extrémités est et ouest de l’oppidum sont remaniés et intégrés dans de nouveaux dispositifs d’entrée qui conservent un caractère monumental. Ce souci de préservation contraste avec les transformations radicales qui touchent le centre de l’agglomération à partir du règne de Tibère (empereur de 14 à 37). Il pose la question de la conservation d’un héritage indigène hautement symbolique et du statut civique de l’agglomération d’Alésia dans l’organisation administrative romaine de la Gaule.

La romanisation

La ville se romanise de manière décisive dans les décennies qui suivent. Les fortifications héritées de la période gauloise semblent abandonnées. Le réseau viaire est régularisé autour du centre politique et religieux : les rues dessinent un quadrillage où s’insèrent des îlots d’habitation (insulae). Un centre monumental est progressivement organisé à l’est du sanctuaire principal autour d’un forum et d’une basilique civile tandis qu'un théâtre est construit à l’ouest.

Le complexe monumental de la Croix-Saint-Charles

En 2008, les universités de Bourgogne et de Paris 1 Panthéon-Sorbonne ont débuté des fouilles archéologiques à l’extrémité orientale du plateau, au lieu-dit de la Croix-Saint-Charles, pour mieux comprendre les découvertes réalisées en 1909-1911.
Occupé dès la période gauloise, cet espace était dédié à Moritasgus. Avec le passage à la période gallo-romaine, cette divinité prend le nom d’Apollon Moritasgus et le lieu de culte connaît un important développement. Un grand temple octogonal, appelé fanum, est construit au sein d’un vaste sanctuaire où les populations viennent remercier le dieu pour la guérison accordée. L’ensemble est précédé par un vaste portique, long de plus de 40m, qui sert de porte d’entrée au complexe religieux mais également de façade monumentale pour toute personne qui accède à l’oppidum depuis la pointe est. La source proche est associée au sanctuaire et aux cultes qui y sont pratiqués. Elle a également alimenté un vaste complexe thermal constitué de diverses salles (palestre, édicule à la déesse, caldarium, tepidarium...) offrant un parcours complet au baigneur.

Le déclin

Alésia a prospéré pendant deux siècles et demi. Elle amorce ensuite un lent déclin sous les effets de la crise économique et politique qui affecte l’Empire à partir de la fin du IIe-début du IIIe siècle. Les premières invasions germaniques touchent gravement la ville. Une première destruction intervient lors de l’invasion de 269 ; elle est suivie immédiatement d’une reconstruction systématique. Mais la grande invasion de 276 marque un tournant : plus destructrice, elle n’est pas suivie d’un programme de reconstruction à grande échelle.

De la contraction aux ruines

L’agglomération se resserre peu à peu autour du centre monumental et des quartiers les plus proches, ne dépassant pas la surface qu’elle devait avoir à l’époque gauloise. La métallurgie du fer et du bronze, restée très prospère pendant toute l’occupation du site, disparaît. Le sanctuaire de Cybèle, longtemps très fréquenté, est saccagé vers 370.
Les premiers témoignages chrétiens, liés à sainte Reine, datent de la même époque. Si quelques indices d’habitats datent encore du début du Ve siècle, il semble qu’à cette date Alésia soit déjà en ruines.
À l’époque mérovingienne, Alésia est mentionné comme chef-lieu de pagus (pays). Mais il faut sans doute situer son emplacement sous le village actuel d’Alise-Sainte-Reine.
Après l’épisode du siège, la ville gauloise d’Alésia devient une véritable agglomération gallo-romaine. L’oppidum est occupé sans discontinuité, contrairement à de nombreux autres sites fortifiés de hauteur qui sont abandonnés à la faveur d'un site de plaine plus accessible. Si les raisons de ce choix nous échappent encore partiellement, elles trouvent probablement leur origine dans les principaux centres d'activité de la ville à la période gauloise. La fonction religieuse a notamment dû être un élément déterminant.

Bibliographie

DOSSIERS D'ARCHEOLOGIE, n° 305 - ALESIA - Comment un oppidum gaulois est entré dans l'histoire. Dijon, juillet/août 2005.
REDDÉ (M.) - Alésia. L’archéologie face à l’imaginaire. Errance, Paris, 2003.
LE GALL (J.) - Alesia. Archéologie et histoire. Fayard 1963, réédition Errance à partir de 1990.
LE GALL (J.), SAINT-DENIS (E. de), WEIL (R.), MARILIER (J.) - Textes littéraires antiques, textes médiévaux. Publications de l’Université de Dijon, XLV, Paris, 2ème édition 1980.
 VIALLANEIX (Paul), EHRARD (Jean) dir. - Nos ancêtres les Gaulois. Actes du colloque international de Clermont-Ferrand. Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université de Clermont-Ferrand II, Nouvelle Série, fascicule 13, 1982.

http://www.alesia.com/

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